22.04.2006
Critique Bharati sur Le Figaro en ligne: Le paradoxe du nan au fromage
Bharati en tournée
MUSIC-HALL. Un jeune Indien élevé aux Etats-Unis revient au pays. Il tombe amoureux d'une belle jeune fille, Bharati. Cela tombe bien : Bharat, qui signifie «à la recherche de la lumière», est le nom hindi de l'Inde. Il va donc chercher Bharati au bord du Gange, au Pendjab, à Bollywood... Évidemment, il finit par l'épouser.
Bharati est une comédie musicale venue d'Inde avec ses flots de soie et de satin, une soixantaine de danseurs et les couleurs acidulées du Technicolor de Bombay. Sur scène, six chanteurs, cinq percussionnistes à cour et dix musiciens à jardin, qui associent sitar, sarangi et synthétiseur. Un narrateur commente et éclaire l'action. Soutenu par des projections sur grand écran, il donne parfois au spectacle un climat «Connaissance du monde» qui séduira le public familial.
Les danseurs animent une vingtaine de tableaux foisonnants et énergiques. Dans les danses des filles, c'est parfois comme chez Britney Spears, mais en plus rond, en plus chaste, en plus moelleux, en plus figuratif. Chez les garçons, l'héritage chorégraphique de Paula Abdul n'a pas été totalement dissipé et quelques prodiges athlétiques épicent des mouvements d'ensemble dont la surexcitation docile peut lasser. Car l'esthétique des films de Bollywood nous a enseigné que l'on peut faire sirupeux et survolté à la fois. C'est d'ailleurs cela le plus singulier de cette production, au-delà de son opulence : il ne s'agit pas d'une Inde light mais d'une Inde condensée. Un peu comme le nan au fromage, ce pain au four fourré à la Vache qui rit des restaurants indiens en France. Qu'on n'en trouve nulle part en Inde ne change rien au fait qu'il nous donne une sensation de ce que pourrait être l'Inde si le monde était tout entier dessiné pour nous plaire.
Bertrand Dicale
14:14 Publié dans Comédie Musicale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'encens: le roi des parfums
Encens et Encens
Originellement l’encens n’est en fait que la résine produite par un petit arbre de la famille des térébinthacées (Burséacées), le Boswelia sacra. Par extension cette dénomination d’encens s’étend à d’autres résines pures comme l’oliban (Boswelia thurifera), la myrrhe (Commiphora molmol, Commiphora abyssinica), le benjoin (regroupant plusieurs résines comme le benjoin du Siam (Styrax Benzoin), le benjoin de Sumatra (Styrax oppoponax), le benjoin du Vietnam (Styrax Tonkinense), le benjoin de Chine (Styrax sinense)... ) et également à la résine de Balsamodendron opobalsamum et Gileadense ainsi qu’à la résine de Commyphoro opobalsanum connues autrrefois, en parfumerie, sous la dénomination de Baume de la Mecque, Baume de Judée ou Baume de Giléad.

De tous temps, l’encens désignait donc une résine aromatique dont le parfum s’exhalait lors de sa combustion lente (insense). Cet encens, en fonction de sa provenance pouvait, et peut encore, se composer de ces diverses résines habilement mélangées ou utilisées pures.
Le mode de combustion le plus habituel et le plus traditionnel consiste donc à déposer cette ou ces résines sur un charbon ardent ou, éventuellement, sur une pierre chauffée jusqu'à incandescence.
L’art du parfumeur et sa connaissance des différentes résines lui permet, grâce à une infinité de mélanges subtils, de doser cet encens en fonction de son utilisation et de sa destination.
En Chine, par exemple, on distinguait six sortes de mélanges d’encens... le tranquille, le reclus, le luxueux, l’esthétique, le raffiné, le noble.
Il est donc fort possible de concevoir un mélange propice à la méditation, un autre favorable à un travail intellectuel, un susceptible de purifier un lieu, un permettant de favoriser le sommeil ou au contraire la veille, un propice aux cérémonies religieuses ou civiles, un destiné à la consécration d’un rite, un capable d’éveiller les désirs...
Tout est simplement fonction du dosage. Le benjoin passe pour " fixer l’esprit " et accroître la concentration, la myrrhe, au contraire est plus sensuelle tandis que l’oliban est réputé pour son caractère mystique et, donc, plus utilisé pour les cérémonies à caractère sacré. Ce même parfumeur peut, également, adjoindre à ces résines des essences aromatiques ou même des plantes odoriférantes qui soulignent ou accroissent les particularité de chaque mélange.
Les amateurs d’encens sous forme de résine apprécieront donc tant des mélanges harmonieux résultant du savoir faire d’un parfumeur ou, plus simplement, des encens traditionnels en provenance de divers sites de production et correspondant à un état d’esprit particulier.
Jadis et encore souvent maintenant ces encens naturels étaient très souvent produits, récoltés, préparés, mélangés par diverses congrégations religieuses, de toutes tendances et de toutes confessions, qui les utilisent dans certains de leurs offices.
On peut donc trouver, par exemple, de l’encens bouddhiste tibétain, de l’encens bouddhiste indien, de l’encens bouddhiste japonais, de l’encens bouddhiste thaïlandais... qui possèdent pour chacun d’entre-eux des particularités spécifiques souvent en rapport avec les différentes aspirations de cette même religion.
Ce qui est vrai pour le bouddhisme l’est également pour le catholicisme ainsi que pour les autres... et un encens " orthodoxe " ne sera pas semblable à un encens " progressiste " ! L’intérêt des parfumeurs est souvent de savoir adapter au mieux ces encens classiques à une autre utilisation que celle prévue par les religieux. Il est facile de comprendre qu’un encens destiné à un grand cérémonial d’enterrement ne conviendra pas tout à fait pour parfumer son salon avant la visite d’amis bons vivants.
Le fait de brûler de l’encens sur des charbons ardents confère toujours à celui-ci un sens du rituel que ne possèdent pas les baguettes... Il convient, également, de savoir doser les grains de résine faute de se retrouver dans un brouillard impénétrable ou de voir les voisins appeler les pompiers. 
Mais, avec un peu d’habitude il s’agit là de l’encens des vrais connaisseurs que rien ne pourra remplacer. Il y a le même rapport entre l’encens en grains et l’encens en baguettes ou clous fumants qu’entre le thé en feuilles et le thé en sachet.
Les Encens en baguette ou en clous
Les Asiatiques étant des gens fort pratiques et inventifs, ils recherchèrent depuis des siècles le moyen d’utiliser l’encens avec le moins de contraintes surtout lorsqu’il s’agit d’une utilisation commune ne nécessitant pas une implication par trop officielle.
Ils continuent donc à utiliser l’encens en grains lors de la plupart des grandes cérémonies mais préfèrent souvent, pour plus de commodités, l’usage de baguettes, de spirales ou de clous fumants. Il s’agit également d’une mesure économique bien compréhensible... on veut bien honorer journellement les Dieux, les Ancêtres, les temples et les sanctuaires, les tombeaux et autres lieux consacrés mais on ne peut pas y consacrer toute sa fortune.
Il était donc tout à fait naturel, sinon normal, de trouver le moyen le plus efficace de restreindre le coût de production et surtout d’utilisation de l’encens.
La résine d’encens (oliban, benjoin, myrrhe... ) est donc broyée très finement puis mélangée à un support combustible de manière à obtenir une fumigation plus ou moins lente.
Ce support combustible peut être constitué de diverses matières... sciure très fine de bois, charbon de bois pilé, plantes séchées et réduites en poudre (armoise, sauge... ) mélangées à du nitrate de potasse pour entretenir la combustion.
Ce support étant, par définition, plus ou moins poreux il est possible d’adjoindre également des essences parfumées ou des parfums de synthèse. Afin de maintenir la cohérence du mélange surtout lorsqu’il s’agit de baguettes, on utilise des tiges végétales de bambou ou d’achilée.
La taille et la forme de ces " supports " varient considérablement puisque ils peuvent consister en d’énormes serpentins pesant jusqu'à près d’un quintal, utilisés dans de nombreux temples en Chine, au Japon ou en Inde, jusqu'à des baguettes épaisses de quelques millimètres et très fragiles en passant par des clous fumants de la forme d’un cône et de la taille d’une orange, d’une noix, d’une noisette ou d’un petit pois...
Il va sans dire que ce mode de fabrication, au demeurant très traditionnel, permet, malheureusement toutes les falsifications... et, parfois, le bâtonnet à brûler n’a d’encens que le nom puisqu’il se compose d’un support neutre imbibé de parfum de synthèse à bon marché. Il est vrai que, pour un non connaisseur, le véritable encens en baguette ou en cône n’est pas aussi flatteur qu’une espèce parfumée industriellement. Une fois de plus, le parallèle avec le thé s’impose...
Un thé brut de la meilleure qualité, fut-ce une espèce des plus rares, nécessite pour l’apprécier pleinement un certain effort souvent lié à un fait culturel... alors qu’un vulgaire thé parfumé à l’essence artificielle de fruits ou de fleurs flatte et surprend le palais plus habitué à des boissons industrielles... S’agit-il encore de thé ? Pour les vrais amateurs ce serait un crime que de simplement le préparer dans leur théière destinée aux grands crus.
Malgré tout, certains producteurs, souvent des artisans, produisent des baguettes et des cônes très honorables.
Ces encens de bonne qualité portent bien souvent la mention " essences naturelles " ... malheureusement le plus souvent en sanscrit (langue indienne) !
Le fait que soit indiqué sur le paquet " Natural incense " " Encens naturel " est déjà un bon point. Concernant les fameuses baguettes, ou bâtonnets, il convient encore de savoir que tant en Inde, au Japon, en Corée, au Vietnam... donc dans les pays ayant subi une influence culturelle ou religieuse... qu’on les utilise en nombre impair (1, 3, 5, 7... ) à moins qu’il s’agisse d’une offrande mortuaire où, dans ce cas particulier, ils sont brûlés en nombre pair (2, 4, 6, 8... ).
Sauf si vous désirez brûler de l’encens sur l’Autel de vos Ancêtres ou devant le monument aux morts de votre commune il est donc préférable d’utiliser un seul bâton... dans une simple pièce d’habitation trois bâtons cela fait déjà pas mal de fumée à la fois !
Romain
11:24 Publié dans Grand Bazar Indien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




